À garanties identiques, un expatrié de 40 ans paie 4,7 fois plus cher aux États-Unis qu'en Afrique. Sur la même formule, vieillir de 30 à 60 ans ne multiplie la cotisation que par 3. Autrement dit, le lieu où vous vivez pèse plus lourd sur votre prime que trois décennies de vieillissement. Nous avons repris les grilles tarifaires 2026 de trois assureurs pour comprendre ce que mesure réellement cet écart. Ce n'est pas le risque sanitaire.
Le constat : un écart de 1 à 4,7 entre zones
Nous avons pris une formule unique - hospitalisation, soins courants et rapatriement sanitaire - et comparé sa cotisation annuelle selon la seule zone de résidence, à âge et garanties constants. Résultat, exprimé en multiple du tarif français, à garanties et âge identiques :
| Zone de résidence | À 30 ans | À 40 ans | À 60 ans |
|---|---|---|---|
| États-Unis | × 4,3 | × 4,2 | × 4,5 |
| Hong Kong, Singapour | × 2,4 | × 2,5 | × 2,5 |
| Mexique | × 2,2 | × 2,2 | × 2,3 |
| Chine | × 2,1 | × 2,1 | × 2,2 |
| Émirats arabes unis | × 2,1 | × 2,1 | × 2,1 |
| Thaïlande | × 2,0 | × 2,0 | × 2,1 |
| Royaume-Uni | × 2,0 | × 2,0 | × 2,0 |
| Suisse | × 1,8 | × 1,8 | × 1,9 |
| Brésil, Chili, Costa Rica, Israël, Japon | × 1,8 | × 1,8 | × 1,8 |
| Canada, Panama | × 1,3 | × 1,4 | × 1,4 |
| Europe (45 pays) | × 1,2 | × 1,2 | × 1,2 |
| Amérique latine et Caraïbes (37 pays) | × 1,1 | × 1,1 | × 1,0 |
| Asie-Pacifique (56 pays) | × 1,0 | × 1,0 | × 1,0 |
| France (référence) | × 1 | × 1 | × 1 |
| Afrique (47 pays) | × 0,9 | × 0,9 | × 0,9 |
Comment lire ce tableau. « × 4,3 » signifie que la même formule, avec les mêmes garanties et au même âge, coûte 4,3 fois plus cher à un résident des États-Unis qu'à un résident de France. « × 0,9 » signifie 10 % moins cher. La France sert de repère, elle vaut × 1.
Rapports calculés sur la grille 2026 d'un assureur santé international, formule intermédiaire, cotisation annuelle, adulte seul. Base 100 = France au même âge.
Trois observations méritent qu'on s'y arrête.
L'Afrique est la zone la moins chère de la grille. Quarante-sept pays, du Maroc au Kenya, coûtent 10 % de moins que la France. C'est l'inverse de l'intuition commune, qui associe le continent à un risque sanitaire élevé.
La Thaïlande coûte deux fois la France. Destination réputée bon marché pour le voyageur, elle figure parmi les zones les plus chères à assurer. Hong Kong et Singapour dépassent la Suisse.
Le multiplicateur géographique ne bouge presque pas avec l'âge. Les États-Unis sont à 432 à 30 ans, 421 à 40 ans, 453 à 60 ans. Cette stabilité est l'information la plus importante du tableau : la zone agit comme un coefficient multiplicateur largement indépendant de l'âge, et non comme une prime de risque qui s'aggraverait en vieillissant.
Ce que la prime mesure : le prix des soins, pas la probabilité de tomber malade
Un assureur santé rembourse des factures. Sa cotisation est donc, pour l'essentiel, le produit de deux termes : la fréquence des soins et leur coût unitaire. Le tableau ci-dessus suggère que c'est le second qui domine.
Le cas américain est le mieux documenté. Dans une étude publiée dans le JAMA en 2018, Papanicolas, Woskie et Jha ont comparé les États-Unis à dix pays à revenu élevé. Leur conclusion : en 2016, les États-Unis consacraient 17,8 % de leur produit intérieur brut à la santé, contre 9,6 % à 12,4 % dans les dix autres pays, alors que les taux de recours aux soins y sont globalement comparables. Les écarts s'expliquent par les prix - salaires médicaux, dispositifs, médicaments - et par les coûts administratifs. Le salaire moyen d'un généraliste américain y était mesuré à 218 173 dollars, près du double de la moyenne des pays étudiés ; la dépense pharmaceutique par habitant à 1 443 dollars, contre 749 en moyenne.
Un assureur qui couvre un expatrié à New York n'assure pas quelqu'un qui tombe plus souvent malade. Il assure quelqu'un dont chaque acte coûte structurellement plus cher.
Le raisonnement symétrique éclaire l'Afrique. Une prime basse n'y signifie pas un risque faible : elle signifie que le coût des soins effectivement remboursés y est bas. Nuance importante, développée plus bas : cette prime faible s'accompagne souvent d'un recours plus fréquent à l'évacuation sanitaire, dont le coût est porté par une garantie distincte.
Pour l'Asie chère - Thaïlande, Singapour, Hong Kong, Émirats - l'explication généralement avancée est que les expatriés y sont soignés dans des établissements privés internationaux dont la tarification est déconnectée du système local. Nous la mentionnons comme hypothèse de place et non comme fait établi : nous n'avons pas trouvé d'étude publiée qui la quantifie sur ces marchés. Le prix élevé est mesuré ; son mécanisme reste à documenter.
Vérification croisée : la hiérarchie tient chez les autres assureurs
Un classement établi sur une seule grille ne prouve rien. Nous avons refait l'exercice sur les grilles 2026 de deux autres assureurs internationaux, en ramenant chaque fois les zones à la France du même assureur pour que les chiffres soient comparables.
| Pays de résidence | Assureur A | Assureur B | Assureur C |
|---|---|---|---|
| France | × 1,00 | × 1,00 | × 1,00 |
| Kenya | × 0,90 | × 1,10 | × 1,00 |
| Vietnam | × 1,03 | × 1,00 | × 1,00 |
| Indonésie | × 1,03 | × 1,10 | × 1,11 |
| Allemagne | × 1,16 | × 1,39 | × 1,11 |
| Japon | × 1,81 | × 2,23 | × 1,97 |
| Thaïlande | 2,04 | 1,15 | 1,11 |
| Royaume-Uni | × 2,00 | 4,06 | × 1,70 |
| Singapour | × 2,47 | 4,06 | × 1,70 |
| Mexique | 2,22 | 4,06 | 1,11 |
Rapport de cotisation à la France, même assureur, même formule, 40 ans.
La hiérarchie générale est partagée : Vietnam, Indonésie et Afrique de l'Est en bas, autour du niveau français ; Japon, Chine, Singapour et Royaume-Uni en haut. Les trois grilles s'accordent aussi sur les cas les plus consensuels : le Vietnam est à 1,00-1,03 partout, le Japon dans une fourchette étroite de 1,81 à 2,23.
Un résultat mérite d'être souligné : la France figure dans le groupe le moins cher chez deux des trois assureurs, aux côtés de la Belgique, du Maghreb et de l'Asie du Sud-Est. C'est cohérent avec la thèse : au standard international, les soins y sont peu coûteux.
Le point à retenir : les assureurs divergent fortement sur certains pays
La hiérarchie générale est partagée, le détail ne l'est pas. Et c'est le détail qui détermine votre facture.
Le Mexique est le cas extrême : 1,11 fois la France chez l'assureur C, 2,22 chez l'assureur A, 4,06 chez l'assureur B. Soit un facteur 3,7 entre le plus clément et le plus sévère, sur un pays identique, à garanties comparables et au même âge.
La Thaïlande produit une divergence inverse. L'assureur A la tarife à 2,04 fois la France quand les deux autres la placent à 1,11 et 1,15. Ici, c'est A qui est l'exception.
Le Royaume-Uni et Singapour rejouent le motif : 4,06 chez l'assureur B contre 1,70 chez l'assureur C, soit un facteur 2,4.
Autrement dit, aucun assureur n'est systématiquement le plus cher. Chacun a ses pays sévères et ses pays cléments.
Ces écarts n'ont rien d'anormal. Le découpage en zones traduit la sinistralité observée par chaque assureur sur son propre portefeuille et la structure du réseau de soins qu'il a négocié localement. Deux assureurs qui n'ont ni le même portefeuille ni le même réseau n'ont aucune raison d'aboutir au même classement.
Pour mesurer ce que cela représente, un point de comparaison utile : chez l'assureur A, passer à la formule supérieure coûte environ 30 % de plus. L'écart de zonage entre assureurs sur le Mexique - un facteur 3,7 - dépasse donc quatre crans de formule. Comparer les garanties sans regarder les zonages revient à optimiser la variable secondaire.
Notons enfin que les États-Unis ne figurent pas dans toutes les grilles : deux des trois assureurs étudiés ne les tarifient pas dans les formules retenues. C'est en soi une information - la couverture du territoire américain fait l'objet de contrats dédiés chez la plupart des acteurs.
Ce que vous pouvez en faire concrètement
Vérifiez dans quelle zone votre pays est rangé, chez chaque assureur, avant de comparer les prix. Cette information détermine une large part de votre cotisation et figure dans les conditions générales, pas dans la plaquette commerciale.
Si vous hésitez entre deux pays d'expatriation, intégrez ce coût à l'arbitrage. L'écart entre deux pays voisins d'Asie du Sud-Est peut représenter un facteur deux sur la cotisation santé, à garanties identiques. Sur un budget d'expatriation, ce n'est pas un détail.
Ne lisez pas une prime basse comme un signal de sécurité. En zone à prime faible, la question pertinente n'est pas le montant de la cotisation mais le plafond de la garantie évacuation sanitaire et la qualité du réseau d'assistance. C'est là que se joue le risque réel, et c'est précisément ce que la prime basse ne mesure pas.
Si vous partez aux États-Unis, traitez la couverture santé comme une ligne budgétaire structurante. Un facteur 4,2 sur la cotisation se négocie dans le package d'expatriation, il ne s'absorbe pas.
Reste une difficulté pratique : ce découpage par zones n'est pas public, il varie d'un assureur à l'autre, et un même pays peut se retrouver dans la zone la plus chère chez l'un et dans une zone intermédiaire chez l'autre. Le vérifier suppose d'ouvrir les conditions générales de chaque contrat, puis de retarifer à garanties comparables. C'est exactement le travail que nous faisons.
Aitona compare pour vous les assurances santé internationales sur votre pays de résidence réel, à garanties équivalentes, chez plusieurs assureurs. Vous recevez une étude personnalisée et gratuite, sans engagement.
Comparer les assurances santé internationalesMéthodologie et limites
Les rapports sont calculés à partir des grilles tarifaires 2026 de trois assureurs santé internationaux, sur des formules comparables couvrant hospitalisation, soins courants et rapatriement sanitaire, en cotisation annuelle, pour un adulte seul sans option. Les montants absolus ne sont pas publiés : seuls les rapports entre zones le sont, ce qui suffit à la démonstration sans diffuser de grille commerciale.
Quatre limites doivent être dites.
Les découpages de zones ne sont pas superposables d'un assureur à l'autre. C'est pourquoi tous les chiffres du tableau croisé sont exprimés en rapport à la France du même assureur, seule base permettant une comparaison honnête.
Les formules retenues sont proches mais pas identiques d'un assureur à l'autre. Les rapports entre zones restent comparables ; les niveaux absolus ne le seraient pas.
Certaines zones regroupent des pays très hétérogènes. La zone « Afrique » de l'assureur A compte 47 pays, du Maroc au Malawi : l'indice 90 est une moyenne de portefeuille, pas le prix d'un pays donné.
Enfin, ces grilles sont datées. Elles décrivent l'état du marché en 2026 ; les découpages de zones évoluent, parfois d'une année sur l'autre.
Nous n'avons pas cherché à établir quel assureur est le moins cher. La question n'a pas de réponse générale : elle dépend du pays, de l'âge et des garanties recherchées.
Sources
- Papanicolas I, Woskie LR, Jha AK. Health Care Spending in the United States and Other High-Income Countries. JAMA. 2018;319(10):1024-1039. PubMed 29536101
- Grilles tarifaires 2026 de trois assureurs santé internationaux, collectées et normalisées par Aitona (formules intermédiaires, cotisation annuelle, adulte seul).
Les tarifs et découpages de zones décrits reflètent l'état des grilles à la date de collecte et sont susceptibles d'évoluer.
