Depuis le 1er octobre 2026, entrer en Tanzanie continentale suppose d'avoir souscrit une assurance précise, auprès d'un assureur désigné, à un prix fixé par règlement. Sans elle, l'entrée est refusée. La nouveauté n'est pas l'obligation d'être assuré, plusieurs pays la pratiquent déjà : c'est que l'État ne vous demande pas de prouver que vous êtes couvert, il vous vend sa propre police. Et au moment d'écrire ces lignes, les plafonds de cette police ne sont publiés nulle part.
Ce que dit le texte
La mesure est portée par les Insurance (Inbound Travel Insurance) Regulations, publiées au journal officiel tanzanien sous le Government Notice n° 256 de 2026, daté du 4 septembre 2026. Elles sont prises sur le fondement de l'article 134A(5) de la loi sur les assurances (Cap. 394), et signées le 31 août 2026 par le ministre des Finances, Khamis Mussa Omar.
Une précision de méthode s'impose d'emblée. Nous avons consulté les portails officiels de souscription des deux assureurs publics concernés, et nous citons ce qu'ils affichent. En revanche, nous n'avons pas pu consulter le texte du règlement lui-même : le régulateur tanzanien ne publie pas ce document, et le journal officiel ne nous a pas répondu. Les références d'articles proviennent donc de l'analyse d'un cabinet d'avocats spécialisé en assurance, qui les cite une par une. C'est une base solide, ce n'est pas une source primaire.
| Disposition | Contenu |
|---|---|
| Règlement 4(1) | Tout étranger entrant en Tanzanie continentale par voie terrestre, maritime ou aérienne doit détenir cette assurance |
| Règlement 4(4) | À défaut, l'entrée sur le territoire est refusée |
| Règlement 5(1) | Validité de 92 jours maximum à compter de l'arrivée, entrées multiples comprises |
| Règlement 6(1) | Prime de 44 dollars, soit environ 116 000 shillings tanzaniens, payable en shillings |
| Règlement 6(3) | Prime non remboursable, sauf annulation ou cas prévus par la police |
| Règlement 7(1) | La couverture doit être fournie par l'assureur désigné |
Insurance (Inbound Travel Insurance) Regulations, GN n° 256 de 2026. Références réglementaires relevées dans l'analyse du cabinet Clyde & Co, publiée en septembre 2026.
L'assureur désigné est la National Insurance Corporation, la compagnie publique tanzanienne, ou tout assureur agréé travaillant en partenariat avec elle. Sont exclus de l'obligation les résidents des États membres de la Communauté d'Afrique de l'Est et de la Communauté de développement d'Afrique australe, qui ne relèvent pas de la définition d'étranger retenue par le texte.
Zanzibar relève d'un dispositif distinct, géré par la Zanzibar Insurance Corporation. Sa foire aux questions officielle est plus bavarde que celle du continent : elle annonce une couverture des frais médicaux d'urgence, du rapatriement, de l'accident corporel, du retard et du vol de bagages, des frais juridiques et de la responsabilité civile. Elle précise aussi que le terrorisme n'est pas couvert par la formule de base, que la police vaut 92 jours consécutifs maximum, et qu'elle n'est pas renouvelable : au-delà, il faut en souscrire une nouvelle.
Une liste de garanties plus large, donc. Et toujours aucun montant, la page renvoyant le lecteur à ses conditions particulières. Ce n'est donc pas la négligence d'un assureur : les deux compagnies publiques pratiquent la même chose.
L'articulation entre les deux régimes reste à faire confirmer avant un déplacement combinant l'île et le continent. La foire aux questions zanzibarite indique que sa police est valable « à l'intérieur de la Tanzanie », formulation qui pourrait couvrir le continent, mais la validité d'une assurance et l'obligation légale d'en souscrire une seconde sont deux questions différentes, et nous n'avons pas de quoi trancher la seconde.
La différence avec les autres pays qui contrôlent l'assurance
Plusieurs États vérifient déjà qu'un visiteur est assuré. L'espace Schengen demande aux demandeurs de visa une couverture d'au moins 30 000 euros, frais médicaux et rapatriement compris. D'autres pays fixent un montant minimal et contrôlent à la frontière.
Dans tous ces cas, le voyageur arrive avec son propre contrat et prouve qu'il atteint le seuil demandé. Le dispositif tanzanien fonctionne autrement : le règlement 7(1) impose que la couverture soit fournie par l'assureur désigné. Détenir une excellente assurance voyage ou un contrat d'expatrié ne dispense donc pas d'acheter la police tanzanienne.
C'est le point le plus coûteux à ignorer, et le plus simple à retenir : votre contrat ne vous exempte pas, et la police tanzanienne ne remplace pas votre contrat.
L'assureur public zanzibarite l'écrit d'ailleurs lui-même, en réponse à la question « pourquoi ai-je besoin de cette assurance alors que j'ai déjà une couverture santé ? ». Sa réponse : cette police couvre des frais d'urgence « qui pourraient ne pas être couverts par votre contrat santé ». Le mot important est pourraient : le produit est présenté comme un complément possible, pas comme une protection autonome.
Quatre garanties annoncées, aucun montant
Le règlement 8(1) énumère ce que la police doit couvrir :
- les frais médicaux d'urgence,
- l'évacuation sanitaire d'urgence,
- le rapatriement d'urgence,
- la perte de bagages.
Le règlement 8(2) précise ensuite que « les limites de garantie applicables et les prestations spécifiques disponibles seront définies dans la police ». Autrement dit, le texte réglementaire nomme les risques et renvoie les montants au contrat. Or ce contrat n'est, à ce jour, publié ni par l'assureur ni dans le règlement.
Nous sommes allés voir le portail officiel de souscription. Il propose trois formules, selon le nombre de voyageurs, et affiche pour chacune la même chose.
| Formule | Pour | Prix | Garanties affichées |
|---|---|---|---|
| Individual Package | 1 à 2 personnes | 44 USD par personne | Les quatre intitulés, sans montant |
| Family Package | 3 à 9 personnes | 44 USD par personne | Les quatre intitulés, sans montant |
| Group Package | 10 à 100 personnes | 44 USD par personne | Les quatre intitulés, sans montant |
Portail officiel de souscription de la National Insurance Corporation, consulté le 12 octobre 2026.
Le prix est donc identique quelle que soit la formule, et la liste des garanties aussi. Aucune des trois n'indique de plafond, de capital ni de franchise. Le choix du produit se fait sans la moindre information chiffrée sur ce qu'il couvre.
Le portail publie en revanche une grille de réductions, qui est la seule donnée chiffrée disponible avant paiement : gratuité jusqu'à 2 ans, moitié prix de 3 à 17 ans, et une remise de 10 % pour les adultes dans la formule groupe. Autrement dit, on sait exactement ce que l'on paie, et pas ce que l'on achète.
Il en résulte une situation inhabituelle : une assurance dont la souscription conditionne l'entrée sur un territoire, dont le prix est fixé par la loi, et dont l'acheteur ne peut pas lire l'étendue avant de payer.
Ce n'est pas une critique du niveau de couverture, que nous ne connaissons pas. C'est un constat sur ce qu'il est possible de vérifier, et ce qui ne l'est pas.
Une mesure qui n'est pas isolée
Le bilan de marché publié par l'autorité tanzanienne de contrôle des assurances permet de replacer la mesure dans une trajectoire. Il indique que la loi de finances 2022 a élargi le périmètre des assurances obligatoires à plusieurs domaines : les marchandises importées, qui doivent être assurées auprès de compagnies tanzaniennes, les bâtiments publics et commerciaux, ainsi que les bacs et les pontons.
Le même document range l'absence d'un corpus réglementaire général sur les assurances obligatoires parmi les chantiers en cours avec le ministère des Finances. L'obligation faite aux voyageurs s'inscrit donc dans un mouvement documenté, où l'État étend progressivement les cas d'assurance imposée et, ici, en confie la distribution à sa propre compagnie.
Autorité tanzanienne de contrôle des assurances, bilan du marché 2021-2024, document en swahili.
Le cas kenyan, à titre de comparaison
Un dispositif comparable existe au Kenya, et il se distingue sur deux points factuels.
Le premier tient aux montants. L'avis publié au journal officiel kenyan le 30 juillet 2026, pris sur le fondement de l'article 26(6) de la loi sur l'assurance maladie sociale de 2023, fixe un plafond cumulé minimal de 50 000 dollars et détaille des sous-limites : 20 000 dollars de frais médicaux, 25 000 dollars de transport sanitaire d'urgence, 5 000 dollars de rapatriement de corps, 1 000 dollars de soins de santé mentale et 300 dollars de médicaments prescrits. Les chiffres sont donc connus avant la souscription.
Le second tient à son application. La Haute Cour a prononcé en août 2026 une suspension provisoire de la mise en œuvre, après le recours de deux habitants de Marsabit. Une seconde requête, portée devant la Haute Cour de Milimani et soutenue par la fédération kenyane des consommateurs, conteste la légalité du programme. Des audiences étaient fixées aux 16 et 29 septembre 2026 ; nous n'avons pas trouvé de décision postérieure, et nous ignorons donc l'état actuel du dispositif kenyan.
Nous rapportons ces faits parce qu'ils documentent une obligation voisine, non pour en tirer une conclusion sur le dispositif tanzanien, qui relève d'un autre droit et d'un autre calendrier.
Comment et quand la souscrire
La police s'achète en ligne avant le départ, ou à l'arrivée au point d'entrée. Les professionnels du tourisme tanzaniens recommandent la première solution, pour éviter une file d'attente supplémentaire au contrôle frontalier et le risque d'un incident de paiement à l'arrivée.
Deux points méritent attention. La prime est libellée en dollars mais payable en shillings tanzaniens (règlement 6(1)), via le système de paiement désigné par l'assureur (règlement 6(2)) : prévoyez un moyen de paiement accepté localement si vous souscrivez sur place. Et elle est non remboursable, sauf annulation ou cas prévus par la police (règlement 6(3)), ce qui en fait une dépense engagée dès la souscription, même si le voyage ne se fait pas.
Conservez le justificatif sous une forme consultable hors connexion. C'est une pièce de contrôle à l'entrée, au même titre qu'un visa.
Qui est exempté, et une ambiguïté à lever
L'obligation ne vise pas tout le monde. Les ressortissants tanzaniens en sont évidemment hors champ, et le texte écarte également les résidents des États membres de la Communauté d'Afrique de l'Est et de la Communauté de développement d'Afrique australe.
Une nuance mérite d'être signalée, parce qu'elle concerne directement les expatriés. Le règlement définit l'étranger par la nationalité, en visant toute personne qui n'est pas citoyenne de la République unie de Tanzanie. L'exemption, elle, est décrite comme s'appliquant aux résidents des États de ces deux communautés. Nationalité et résidence ne se recouvrent pas : un Français installé à Nairobi ou à Johannesbourg pourrait relever de l'exemption par sa résidence, tout en restant étranger par sa nationalité.
Nous ne tranchons pas ce point, faute d'accès au texte officiel complet. Si vous êtes dans cette situation, la question se pose à l'assureur ou à la représentation consulaire avant le départ : elle vaut 44 dollars, et surtout elle évite une discussion au poste-frontière.
Un détail que le texte ne tranche pas
La date du 1er octobre 2026 est celle annoncée par l'assureur et reprise par l'ensemble de la presse spécialisée et des professionnels du tourisme. Le cabinet Clyde & Co relève pourtant que le règlement lui-même ne fixe ni date d'entrée en vigueur ni date d'application.
Les deux constats se concilient : la date ne figure pas dans le règlement, mais dans un avis public distinct du ministère des Finances, signé par la secrétaire permanente et payeur général, Natu El-Maamry Mwamba. Nous n'avons pas lu cet avis, dont nous connaissons l'existence et le signataire par une source secondaire.
En pratique, cela ne change rien pour le voyageur : la mesure est appliquée et plusieurs voyagistes tanzaniens ont adapté leurs conditions. Mais cela explique les flottements observés dans les premières semaines, et invite à vérifier l'état du dispositif avant un départ plutôt qu'à se fier à un article, y compris celui-ci.
Ce que cela change concrètement
Pour un séjour touristique. Comptez 44 dollars de plus par personne, à prévoir avant le départ ou à l'arrivée. La police est valable 92 jours et couvre les entrées multiples, ce qui règle le cas des circuits régionaux repassant par la Tanzanie.
Pour un expatrié ou un déplacement professionnel long. La validité maximale de 92 jours signifie qu'un séjour plus long impose de souscrire à nouveau. Et votre contrat santé international continue de gouverner l'essentiel : le choix de l'établissement, le niveau de prise en charge, la prise en charge directe plutôt que l'avance de frais, et la gestion d'une évacuation si elle devient nécessaire.
Pour un employeur qui envoie des collaborateurs. L'obligation s'applique individuellement, à chaque personne entrant sur le territoire, et elle s'ajoute au contrat collectif sans s'y substituer. Deux conséquences pratiques : la dépense se multiplie par le nombre de déplacements et non par le nombre de salariés, puisque la validité court sur 92 jours à partir de chaque arrivée ; et le justificatif doit être détenu par le collaborateur lui-même, ce qui suppose de l'intégrer à la procédure de départ en mission plutôt que de le gérer centralement au dernier moment.
Aitona vérifie ce que votre couverture prévoit réellement sur votre zone de déplacement, au-delà des obligations d'entrée : plafonds, évacuation sanitaire, prise en charge directe. Étude personnalisée et gratuite, sans engagement.
Faire vérifier ma couvertureCe que vous pouvez vérifier sur votre propre contrat
- Le plafond d'évacuation sanitaire, et s'il est exprimé en montant ou aux frais réels. C'est la garantie qui compte le plus dans une région où l'établissement adapté peut se trouver dans un autre pays.
- Qui décide de l'évacuation, et selon quels critères. Un contrat qui la soumet à l'accord préalable de l'assureur fonctionne différemment d'un contrat qui suit l'avis du médecin sur place.
- Le mode de règlement des frais hospitaliers : prise en charge directe ou avance par vos soins, ce qui n'a rien d'anecdotique sur une hospitalisation.
- La durée de couverture par séjour, si vous enchaînez les déplacements, et le traitement des retours ponctuels en France.
Sur les exigences d'assurance liées aux visas et aux titres de séjour, pays par pays, voir également notre guide des exigences officielles par pays.
Ce que cet article ne dit pas
Nous n'avons pas lu les conditions des polices tanzaniennes, et nous ne sommes pas allés jusqu'au paiement. Nous ne savons donc ni ce qu'elles couvrent réellement, ni à quelle hauteur, et rien ici ne doit se lire comme un jugement sur leur qualité. Il est tout à fait possible que les montants figurent sur le certificat remis après souscription.
Le constat établi est plus étroit, et c'est le seul que nous formulons : ces montants ne sont consultables ni dans la communication des deux assureurs publics, ni sur leurs portails de souscription au moment de choisir le produit.
Les références réglementaires citées proviennent de l'analyse d'un cabinet d'avocats spécialisé en assurance, qui cite les articles du texte. Nous n'avons pas eu accès au journal officiel tanzanien lui-même, et le portail de l'assureur zanzibarite nous a été inaccessible, raison pour laquelle aucun montant n'est avancé pour Zanzibar.
Enfin, un point que nous avions d'abord écarté faute de sources concordantes est désormais tranché : la grille de réductions par âge est affichée sur le portail officiel, et c'est elle que nous reprenons, à l'exclusion des chiffres qui circulent ailleurs.
