Le rapport annuel 2025 de la Caisse des Français de l'Étranger, publié cet été, donne deux chiffres : l'activité d'assurance accuse une insuffisance d'exploitation de 4 millions d'euros, et c'est le résultat financier, 15 millions, qui permet d'afficher un bénéfice net de 11,6 millions. Le document contient aussi deux informations que la couverture médiatique a laissées de côté, et il éclaire d'un autre jour le chiffre de hausse de cotisations qui circule depuis le printemps.

Les comptes 2025, lus dans le rapport

Indicateur 2025Valeur
Chiffre d'affaires189,5 M€, en croissance de 6 %
Cotisations « maladie » collectées177,09 M€
Prestations « maladie » versées162,34 M€, en augmentation de 2 %
Prestations « accident du travail » versées5,94 M€
Insuffisance d'exploitation− 4 M€
Résultat financier+ 15 M€
Résultat net+ 11,6 M€
Réserves techniques155,37 M€
Contrats actifs139 934, dont 76 792 individuels et 63 142 collectifs
Personnes couvertes166 802

Caisse des Français de l'Étranger, Rapport annuel 2025 - Perspectives 2026.

Deux précisions avant d'en tirer quoi que ce soit. D'abord, le produit des placements fait partie du modèle de tout assureur : les provisions constituées sont investies, et leur rendement contribue normalement au résultat. Un résultat financier positif n'a rien d'anormal.

Ensuite, la Caisse ne cache pas le problème, elle l'écrit. Les coûts de fonctionnement sont présentés comme maîtrisés, grâce à des dépenses stables entre 2024 et 2025. Mais il demeure, dans ses propres termes, « une insuffisance d'exploitation de -4 M€ nécessitant de poursuivre les efforts d'améliorations du résultat de l'activité assurantielle par la remise à niveau des cotisations par rapport aux prestations payées ».

La direction annoncée est donc explicite : rapprocher les cotisations du niveau des prestations versées.

Le chiffre de 11 % qui circule, et ce qu'il désigne

Depuis le printemps, une hausse de 11 % des cotisations santé au 1er avril 2026 est reprise par de nombreuses publications. Nous n'avons pas pu la vérifier, et le rapport annuel ne la mentionne pas.

Ce que le document indique est différent sur deux points. Le seul « +11 % » qu'il contient désigne la progression des paiements de prestations en 2024, citée comme motif de la revalorisation décidée par le conseil d'administration de décembre 2024, laquelle portait sur les cotisations au 1er avril 2025. Et s'agissant de la suite, le rapport écrit que le conseil d'administration a voté « une revalorisation progressive des cotisations, applicable à partir de 2026 », sans en publier le pourcentage.

Nous ne concluons pas que le chiffre de 11 % est faux : les décisions tarifaires ne sont pas publiques et nous n'y avons pas eu accès. Nous constatons qu'il ne figure pas dans le document de référence, et qu'un taux identique y qualifie une tout autre grandeur. La prudence s'impose avant de bâtir un arbitrage dessus, et la seule information solide est celle que la Caisse assume : une revalorisation progressive, engagée à partir de 2026.

Les contrats ex, et le chiffre que personne n'a repris

Le rapport chiffre une situation qui concerne une catégorie précise d'adhérents : les titulaires de contrats antérieurs à la réforme de 2018, appelés « contrats ex ».

La Caisse chiffre leur déséquilibre : 11,5 millions d'euros de pertes sur la seule année 2024, hors frais de gestion. Elle précise que ce déficit « ne peut être porté par l'ensemble des autres assurés ». Conséquence, écrite noir sur blanc : « il a été décidé de supprimer le service de Tiers payant hospitalier pour ces contrats au 1er juillet 2025 ».

Une mise en garde sur l'usage de ce chiffre. On lit parfois qu'il représenterait l'essentiel du déficit de la Caisse, au motif que les inspections ont évalué le déficit prévisionnel 2024 à 18 millions d'euros. Le rapprochement ne tient pas : l'un est une perte constatée hors frais de gestion sur un segment de contrats, l'autre une prévision portant sur l'ensemble, et les deux ne viennent pas du même document. Ce qui est établi est plus simple et suffit : une catégorie de contrats a perdu 11,5 millions en un an, et la Caisse a jugé que les autres assurés ne pouvaient pas le porter.

Pour les adhérents concernés, la perte du tiers payant hospitalier n'est pas une subtilité comptable : elle signifie avancer les frais d'une hospitalisation à l'étranger. Et leur situation est doublement exposée, car la protection tarifaire dont ils bénéficient fait l'objet d'un débat parlementaire.

Une protection tarifaire contestée

La réforme de 2018 a assorti ces contrats d'un encadrement légal des augmentations, conçu selon le sénateur Jean-Yves Leconte, représentant les Français établis hors de France, comme « un filet de sécurité destiné à éviter l'explosion de certaines cotisations ». Les seuils de cette grille sont indexés sur le plafond annuel de la Sécurité sociale, passé de 39 731 euros en 2018 à 48 060 euros en 2026.

Une démarche parlementaire est en cours pour lever cet encadrement, portée par la sénatrice Sophie Briante-Guillemot, ce qui permettrait des hausses sur ces contrats. Jean-Yves Leconte s'y oppose et plaide pour une réinterprétation de la grille au regard du plafond actuel plutôt que pour sa suppression. Il relève par ailleurs que le rapport des inspections critique cet encadrement sans apporter de précision sérieuse sur ces contrats.

Une expérimentation discrète, en Thaïlande et au Liban

Le rapport documente une mesure dont on n'a pas parlé, et qui va dans le sens inverse des restrictions.

Dans certains pays où le taux de prise en charge du tiers payant hospitalier est inférieur à 100 % et où les tarifs des hôpitaux sont très hétérogènes, le conseil d'administration a autorisé, à titre expérimental pour un an, une prise en charge à 100 % par VYV pour les assurés éligibles au tiers payant hospitalier, à condition qu'ils avancent les frais et que le coût de l'hospitalisation pour la Caisse soit inférieur à ce que proposerait VYV dans son réseau. Mise en place au premier semestre 2025, la mesure concerne notamment la Thaïlande et le Liban.

Si vous résidez dans l'un de ces deux pays et relevez du tiers payant hospitalier, c'est un point à faire préciser avant une hospitalisation programmée.

Le baromètre de satisfaction publié par la Caisse

La Caisse publie chaque année son baromètre de satisfaction, mesuré sur près de 2 000 répondants. Les deux indices sont en recul par rapport à 2024.

Indice de satisfaction globale 2025Sur 5
Assurés2,95
Entreprises3,21

Les deux indices sont en baisse par rapport à 2024, la Caisse signalant un recul plus marqué chez les entreprises ne bénéficiant pas du service VIP.

Le rapport détaille ce que disent les répondants. Ils reconnaissent la continuité des droits avec le système de sécurité sociale et notent l'amélioration des délais de remboursement. Les attentes portent sur le niveau des remboursements et, « surtout », sur les interactions avec la caisse : délai de réponse aux sollicitations et facilité à joindre les services.

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Faire comparer ma couverture

La convention 2027-2030, dont la validation est prévue fin 2026

C'est l'échéance la plus proche, et celle dont le calendrier est public.

La Caisse écrit que la prochaine convention de partenariat avec l'État, pour la période 2027-2030, « aura notamment pour objectif de mettre en œuvre » les recommandations des inspections. Le verbe compte : il ne s'agit pas d'en tenir compte, mais de les appliquer.

Le rapport donne le calendrier. Cadrage avec la tutelle et le bureau du conseil d'administration au premier trimestre 2026, orientations stratégiques formalisées et validées au deuxième trimestre, élaboration de la convention au second semestre, validation prévue en fin d'année 2026. Elle servira ensuite de base au projet d'entreprise décliné à partir de 2027.

Autrement dit, le document qui fixera le cadre de la Caisse jusqu'en 2030 est en cours de rédaction au moment où vous lisez ces lignes, pour une validation attendue à quelques semaines.

Comment la CFE rembourse réellement

Le mécanisme figure dans un texte public et dans le tableau de garanties de la Caisse. Il comporte deux étages, dont le second est fréquemment omis.

L'arrêté du 25 juin 2019, pris en application de l'article L. 762-6-1 du code de la sécurité sociale et modifié en dernier lieu par l'arrêté du 17 décembre 2025, prévoit des prestations « sur la base des dépenses réellement exposées ». Ce n'est donc pas l'application des taux de la Sécurité sociale française à une facture étrangère. Le plafonnement prend deux formes :

  • pour une partie des soins de ville, un forfait limitatif identique quel que soit le pays, sur lequel s'applique en outre, en l'absence d'exonération, un taux de prise en charge, de 70 % le plus souvent. L'assuré ne perçoit donc pas le forfait, mais ce pourcentage du forfait ;
  • pour l'hospitalisation et certains actes, un taux appliqué au coût réel, variant selon la zone du pays où le soin est dispensé. Le texte définit cinq zones en annexe.

Le tableau de garanties donne la mesure des deux mécanismes. Pour 2026, la consultation de généraliste ou de spécialiste est plafonnée à 30 euros, remboursés à 70 %, soit 21 euros quel que soit le pays de résidence. Le psychiatre est plafonné à 52 euros, soit 36,40 euros remboursés. Le dentiste relève d'un taux différent, 60 %, ce qui ramène le remboursement à 13,80 euros. Ces montants sont revalorisés chaque année : ils étaient respectivement de 26,50 et 46,70 euros dans le tableau 2024.

Pour l'hospitalisation, c'est la zone qui commande : une hospitalisation en médecine, réanimation ou chirurgie est prise en charge à 67 % du coût réel en zone 1, et à 19 % en zone 5.

Les conséquences sont directes. Une consultation est remboursée au même niveau à Lisbonne et à Singapour, alors que la facture ne l'est pas. Et dans les zones les plus éloignées de la grille, l'essentiel d'une hospitalisation reste à votre charge si vous n'avez pas de complémentaire. C'est donc le coût du montage complet qu'il faut comparer, pas celui de la seule cotisation. Le détail poste par poste figure dans notre guide des remboursements CFE.

La Caisse précise par ailleurs que ses garanties « évoluent chaque année en suivant l'évolution des prises en charge de la sécurité sociale française », avec une actualisation de la grille intervenue en avril 2025 et une revalorisation des garanties au 1er juillet 2025. Les téléconsultations sont prises en charge sur la base d'une consultation ordinaire, qu'elles soient réalisées à l'étranger ou en France, sous réserve que le contrat couvre les deux zones.

Ce qu'il faut vérifier sur votre propre contrat

  1. Si vous relevez d'un contrat ex, vérifiez que le tiers payant hospitalier y figure toujours : il a été supprimé pour ces contrats au 1er juillet 2025. Et suivez le sort de l'encadrement légal des hausses, qui fait l'objet d'une demande de déclassement au Parlement.
  2. Si vous résidez en Thaïlande ou au Liban et êtes éligible au tiers payant hospitalier, faites préciser les conditions de l'expérimentation en cours avant une hospitalisation programmée.
  3. Le reste à charge réel dans votre zone, sur une hospitalisation et sur les soins courants, compte tenu des forfaits qui ne varient pas d'un pays à l'autre.
  4. Le coût total du montage, cotisation de la Caisse plus complémentaire, comparé à une couverture au premier euro à garanties équivalentes.
  5. Pour un employeur, l'offre collective annoncée pour 2027, dont les modalités doivent être communiquées au premier trimestre.

Ce que cet article ne dit pas

Les chiffres financiers, les citations de la Caisse, le montant des pertes des contrats ex, l'expérimentation VYV, les indices de satisfaction et le calendrier de la convention proviennent du rapport annuel 2025 de la Caisse, que nous avons lu. Le mécanisme de remboursement provient du texte réglementaire lui-même, dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2026.

En revanche, nous n'avons pas lu le rapport des inspections. Le déficit prévisionnel 2024 de 18 millions d'euros et le contenu des recommandations nous viennent de sa reprise par des associations représentatives des Français de l'étranger et par un sénateur, tous nommés en sources. Nous n'avons pas eu accès non plus aux décisions tarifaires du conseil d'administration, ce qui est précisément la raison pour laquelle nous ne reprenons pas le chiffre de 11 % à notre compte.

Enfin, la convention 2027-2030 est en cours d'élaboration. Rien de son contenu n'est arrêté, et ce qui précède décrit un calendrier et un objectif affiché, pas une décision.